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Les enseignants et l'institution
Les ATSEM: le métier
Les ATSEM: la socialisation des enfants
Les parents d'élèves et l'école maternelle
Socialisation au quotidien
Conceptions éducatives parentales et pratiques enseignantes
Conflits de normes en petite section de maternelle
Que sont ces enfants devenus?
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Socialisation au quotidien | |
Quelques exemples.... | |
Passage à l'ordre symboliqueEn petite section, le contrôle des pulsions agressives est essentiel ; l'enfant passe de la réaction physique spontanée à l'ordre du symbolique. Le langage joue un rôle prépondérant dans ce contexte. La formule "on ne doit pas faire mal aux autres" est une règle répétée à longueur de journée par les enseignants ; l'enfant montre qu'il la fait sienne lorsqu'il est capable de l'appliquer entre pairs, hors de l'influence de l'adulte. Néanmoins, dans cette classe, les conflits qui se règlent sur un plan physique sont encore nombreux ; claques, griffures, morsures ne sont pas rares, en particulier en début d'année scolaire. observons des résolutions de conflits: Pendant la récréation, Baptiste a battu plusieurs enfants. En rentrant dans la classe, la maîtresse demande des explications. Baptiste répond: "Victoria, c'est plus ma copine". La maîtresse pense que ce n'est pas une raison suffisante pour frapper les autres et demande: - Maîtresse: "pourquoi on ne doit pas se battre?" - Estelle: "parce que c'est vilain." - Maîtresse: "parce que ça fait mal et que c'est défendu. Où est-ce que c'est marqué?" - Plusieurs enfants: "dans les NON" C'est le rappel à la "loi", écrite dans la classe, qui sert de référence à ce qui est permis (panneau OUI) ou défendu (panneau NON). (école socialement mixte) Ce matin les enfants sont assis sur les gradins du coin rassemblement. La maîtresse est devant eux, assise sur une petite chaise. Aurélie se met à pleurer et dit "elle m'a pincée" en désignant Camille et en montrant son doigt. Camille: "Non, je l'ai pas pincée!" La maîtresse, dubitative: "Si elle dit que tu l'as pincée..." Aurélie montre que sa main se trouvait près de son pied. La maîtresse: "Oh! Alors, c'est peut-être qu'elle a marché sur ton doigt? Tu l'as pas fait exprès? Elle l'a pas fait exprès." Aurélie et les autres enfants sont rassurés et se contentent de cette précision; l'absence de mauvaise intention absout le coupable. (école en ZEP) C'est l'accueil. Armel arrache des mains de Stanislas le puzzle que celui-ci vient de terminer et qu'il ne veut pas lâcher. Marjolaine s'approche de Stanislas et essaie de le griffer au visage. Stanislas a l'air surpris (il n'a rien fait à Marjolaine et ne la voyait même pas s'approcher) puis il se lève et va plus loin. Il ne fait pas appel au maître ou à l'ATSEM qui n'ont rien vu mais qui se trouvent dans la classe. Le conflit s'est réglé entre enfants, l'un d'entre eux acceptant de céder à la violence de l'autre. Les enfants apprennent ainsi la domination, certains en la pratiquant, d'autres en la subissant. (école "bourgeoise") | |
L'incorporation des règlesIl arrive que les exigences de l'institution soient prises en charge par le corps lui-même. Il y a incorporation de la règle, au sens donné par Bourdieu. C'est le cas en particulier en ce qui concerne les besoins physiologiques du petit enfant. En petite section, il existe des conditionnements de type pavlovien. Le traditionnel "passage aux toilettes" en constitue l'un des exemples les plus caractéristiques. Dans la plupart des petites sections, les élèves sont habitués à réagir, à heures fixes, à un signal donné (clochette, battement de mains, injonction de la maîtresse...) ; ils sont alors accompagnés tous ensemble aux toilettes. Ce moment donne lieu à certains rituels hérités des salles d'asile ; les déplacements sont "mis en scène" (on fait la chaîne, la chenille, un beau rang...) et aussi "en musique" (on se déplace souvent en chantant des "chansons de couloir"). Il s'agit ici de maintenir la spontanéité et l'exubérance du jeune enfant dans des limites compatibles avec les normes scolaires. L'école maternelle a trois ans pour arriver à ce que l'élève considère comme "normal" d'aller aux toilettes à l'heure de la récréation, puisque c'est ordinairement la norme mise en place dans les écoles élémentaires. Cet apprentissage commence dès la première année. Dans certains cas, la promiscuité de ces moments-là heurte la pudeur de l'enfant ; celui-ci peut alors utiliser des stratégies pour rendre la situation moins pénible. C'est le cas par exemple de Mégane (3 ans 5 mois). Nous sommes dans la deuxième quinzaine de septembre, quelques jours après la rentrée scolaire, en petite section. Mégane arrive parmi les premières, le matin dans la classe. Elle joue le plus souvent dans le coin cuisine; parfois elle prend un livre dans la bibliothèque. Mais quelle que soit son occupation, elle se montre très attentive au temps qui passe et aux "signes" qui annoncent que l'accueil va prendre fin. En effet lorsque la maîtresse annonce "on range!" elle range très rapidement le jeu qu'elle utilisait, va se planter devant l'enseignante en se tortillant et demande à aller aux toilettes. Persuadée de l'urgence, celle-ci accepte bien entendu et l'enfant se précipite, seule, dans les sanitaires qui jouxtent la classe. Ce qui fait que lorsque la maîtresse donne le signal fatidique, Mégane peut dire d'une voix posée "Moi ça y est!". Cette situation va se reproduire pendant quelques jours. La maîtresse n'est pas dupe mais elle autorise l'enfant à agir ainsi afin de respecter sa pudeur. Au bout de quelques jours, Mégane arrêtera d'elle-même ce manège et ira aux sanitaires en même temps que les autres. L'entraînement dû au groupe aura eu raison de sa pudeur des premiers jours. Ce type de conditionnement est également pratiqué, en petite section, au moment de la sieste. Afin de respecter les besoins physiologiques liés à leur jeune âge, les enfants de cette classe bénéficient d'un moment de repos l'après-midi. Certains enfants ont du mal à s'habituer au "dodo" de l'école soit à cause de la promiscuité qui règne dans le dortoir, soit à cause de l'horaire choisi par l'école, soit pour toute autre raison. Notre observation s'est déroulée en fin d'année scolaire et a duré une semaine dans chaque classe de petite section ; tous les enfants observés ont dormi pendant la sieste. Il semble alors que là aussi, le corps ait assimilé cette habitude et ces horaires. Comme pour l'heure du passage aux toilettes, il y a eu incorporation de la règle. | |
La typification des situations et des rôlesEn revanche, en ce qui concerne le comportement considéré comme adéquat dans la classe, il s'agit plus d'apprivoiser l'enfant que de le dompter. Les premières notions de discipline qui sont inculquées en petite section le sont généralement sur un mode plaisant (à l'aide de chansons, de jeux, par la théâtralisation de la voix, du corps ou celle des activités) ; ce n'est que progressivement que l'enfant apprendra à se comporter en élève (apprendre à se ranger, prendre soin du matériel, lever son doigt, écouter les autres, attendre son tour de parole, se sentir personnellement concerné quand la maîtresse s'adresse à toute la classe...). En lui proposant des activités qui lui plaisent et qui lui donnent envie d'y participer, en utilisant également l'entraînement dû au groupe, l'école permet à l'enfant d'entrer "en douceur" dans le comportement associé à son futur "métier d'élève"; néanmoins, par la même occasion, l'école l'habitue à obéir à un rythme de la journée contrôlé par l'enseignant et sur lequel il n'a pratiquement pas de prise. Nous sommes ici dans le cadre de la typification des situations et des rôles (Berger, Luckmann, 1992). exemples de comportements valorisés par l'école: Après l'atelier de graphisme, la maîtresse demande: "est-ce que tous les feutres sont bien rebouchés?" afin de rappeler aux enfants que ce matériel sèche vite si on oublie de mettre le bouchon. Dans cette classe, ce geste n'était efficace que lorsqu'on avait entendu un petit bruit, ce qui faisait dire aux élèves: "ça y est maîtresse. Il a fait clic!" (école en ZEP) C'est lundi matin. La maîtresse demande aux enfants ce qu'ils ont fait pendant le week-end. Certains sont impatients de s'exprimer. La maîtresse: "Je sais que vous avez plein de choses à me raconter. Alors comment on fait? On lève le doigt et on écoute celui qui parle." (école socialement mixte) Les enfants parlent tous à la fois. - Le maître rappelle: "Si vous avez quelque chose à dire, vous levez le doigt." - Louis-Vincent d'un air indigné: "Moi j'ai levé le doigt" - Le maître: "Oui, mais je ne t'ai pas interrogé". (école "bourgeoise") | |
Une culture communeL'école dote également le jeune élève d'une culture commune à la plupart des écoles maternelles. Cette culture comporte des aspects pratiques ; ce sont tous les savoir-faire qui stimulent l'acquisition de l'autonomie. Cette culture commune se fonde surtout sur les activités effectuées par l'élève. Le "travail" demandé en petite section s'enracine sur des modes d'enseignement communs. Les activités proposées sont les mêmes quelle que soit l'école; chants, comptines, jeux de doigts, peinture, modelage, jeux de construction, jeux éducatifs, lecture d'albums, etc. se retrouvent partout. Ces activités préparent aux apprentissages ultérieurs en forgeant des automatismes intellectuels communs, des savoirs communs, un vocabulaire et un mode de comportement communs. Toutes ces activités contribuent également à déterminer les savoirs légitimes, c'est-à-dire scolairement admis, et participent par la même occasion à la relégation des savoirs différents. L'une des maîtresses interviewée (école socialement mixte) s'inquiétait pour l'un de ses élèves ; elle faisait remarquer que Christophe (3 ans 10 mois; père ouvrier boulanger; mère au foyer) ne connaissait pas encore "les couleurs" et qu'il ne participait pas avec les autres élèves lorsqu'il s'agissait de réciter des comptines ou de chanter. Il semblait n'avoir aucune mémoire. Ces comportements lui paraissaient de mauvais augure pour la suite de sa scolarité. Lors de l'entretien passé avec les parents de cet enfant, nous apprenions que Christophe savait nommer la plupart des marques de voitures et qu'il chantait avec son père les chants des supporters de rugby en respectant à la fois le rythme et les paroles, compétences valorisées en maternelle mais sur d'autres supports. | |

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La socialisation de l'enfant en petite section d'école maternelle contribution à l'analyse sociologique de la petite enfance scolarisée au début des années 2000 |