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Les ATSEM: le métier


Héritières historiques des "femmes de service" affectées aux salles d'asile, les Agents Territoriaux Spécialisés des Écoles Maternelles (ATSEM) ont longtemps été ignorés et leur présence passée le plus souvent sous silence dans la plupart des textes officiels, qu'ils soient relatifs aux salles d'asile ou aux écoles maternelles.
Pourtant, lié aux bouleversements qu'a connu ce métier depuis quelques années, le rôle de ce personnel communal a pris beaucoup d'importance. La partie "ménage" de la fonction, bien que toujours présente, paraît en déclin; en revanche le rôle éducatif, longtemps nié, semble être reconnu aujourd'hui. Leur influence dans la socialisation des élèves d'école maternelle ne peut plus être ignorée.


Quelques remarques sur le statut d'ATSEM
- Le décret N° 81-546 du 12 mai 1981 (toujours en vigueur) reprend un article du cadre des communes et précise que " Toute classe maternelle doit bénéficier des services d'un agent communal occupant l'emploi d'agent spécialisé des écoles maternelles (ASEM) et des classes enfantines. Cet agent est nommé par le maire après avis du directeur ou de la directrice. Son traitement est exclusivement à la charge de la commune. Pendant son service dans les locaux scolaires, il est placé sous l'autorité du directeur ou de la directrice." Il est à remarquer que le terme "classe" a été traduit dans les faits par "école". Le cas le plus fréquent semble être: une ATSEM à temps plein pour chaque petite section et des temps partiels pour les autres classes de l'école.
- Le décret N° 92-850 du 28 août 1992 formalise le statut des ATSEM. Elles relèvent maintenant du statut général du cadre C de la fonction publique territoriale.
L'article 2 de ce décret précise leurs fonctions:
"Les agents spécialisés des écoles maternelles sont chargés de l'assistance au personnel enseignant pour la réception, l'animation et l'hygiène des très jeunes enfants ainsi que de la préparation et la mise en état de propreté des locaux et du matériel servant directement à ces enfants. Les agents spécialisés des écoles maternelles participent à la communauté éducative."
Cet article permet de dégager 3 axes:
- des tâches que l'on pourrait appeler de "maternage" comme la réception et l'hygiène des enfants.
- des tâches d'entretien des locaux et du matériel.
- des tâches "éducatives": l'animation et la participation à la communauté éducative sont nommément citées.
Néanmoins, la brièveté de cet article ne permet pas de détailler ces diverses fonctions et le manque de précision dans la définition des tâches entraîne des difficultés d'organisation et des disparités en fonction des communes. D'autre part le fait que les ATSEM dépendent de deux supérieurs hiérarchiques (le maire et le directeur de l'école) constitue une difficulté supplémentaire.


Le métier d'ATSEM
Afin de connaître le métier d'ATSEM de l'intérieur, nous leur donnerons la parole (par souci d'anonymat, les prénoms ont été modifiés).

Lors de leur recrutement, les plus anciennes étaient peu ou pas diplômées; certains recrutements se faisaient d'ailleurs sur des critères sociaux; actuellement, le CAP petite enfance est exigé pour pouvoir passer le concours d'ATSEM. La formation professionnelle se fait généralement d'abord sur le terrain; beaucoup de communes organisent ensuite des stages pour les ATSEM:
· "Ah! moi, quand je suis rentrée on m'a dit: "tu vas travailler dans cette classe-là." et basta quoi! On m'a rien dit. On m'a absolument rien expliqué!" (Nadia; ATSEM fonctionnant alternativement sur la petite et la grande section; entretien N° 14)
· "J'ai commencé par des remplacements" (Laetitia; ATSEM petite section; entretien N° 15)
· "Au début, c'est une formation de terrain; on est stagiaires. Il y a une formation acquise professionnellement en tant que remplaçante." (Sylvie; ATSEM petite section; entretien N° 16)
· "On a été formées; ces derniers temps, ça ralentit parce que toutes les ATSEM actuelles sont des femmes déjà formées, déjà faites; mais avant, on avait des stages tous les trimestres et des réunions pédagogiques ou des stages exceptionnels. Pour demander... pour un problème quelconque; pour l'agressivité par exemple, pour un repas d'enfant difficile, pour un thème un peu spécial... Là, la ville nous fait venir des gens du Greta ou de quelque chose, qui animent spécialement ce thème." (Samira; ATSEM petite et moyenne section; entretien N° 11)

Dans la classe, les tâches qui leur incombent sont très variées:
- apporter une aide à l'enseignant(e) dans des tâches matérielles diverses (découpages, préparation des ateliers, rangement, photocopies...).
- gérer un groupe d'enfants (essentiellement pendant les ateliers)
- participer à la surveillance des enfants (accueil ou sortie des enfants, déplacements, récréation, sorties scolaires...)
- aider les enfants lors du passage aux toilettes et dans les divers moments relatifs à leur hygiène
- préparer et/ou servir la collation
- nettoyer divers accessoires utilisés par les enfants
Il faut rajouter à tout cela "tout ce qui est classement du travail; plus collage poésies dans les cahiers; pochettes de travail à tenir à jour; plus pochettes d'art plastique à compléter au fur et à mesure que nous décrochons le travail affiché; plus toutes les informations à coller sur chaque cahier de liaison etc. Je travaille dans la précipitation." (questionnaire ATSEM; N° 81)
Les ATSEM encadrent également très souvent les temps périscolaires: temps méridien, garderie du matin ou du soir, centres de loisirs...

Une adaptation parfois difficile
Lorsqu’on demande aux ATSEM quel est le mode de fonctionnement qui leur convient (ou qui leur conviendrait) le mieux, la plupart se prononcent pour être affectées toute l’année sur une même classe. L'intérêt des enfants et l'efficacité du travail en commun justifieraient cette préférence:
·"[garder la même classe] permet d'avoir des points de repère autant pour nous que pour les enfants; un meilleur déroulement pour la mise en place des activités; on connaît les enfants et on s'adapte à l'institutrice (on est plus efficace)." (questionnaire ATSEM; N° 91)
ATSEM et enseignant travaillant ensemble, leur entente conditionne le plaisir et l'efficacité du travail. Pour que les relations soient bonnes, il est nécessaire que l’ATSEM soit persuadée que son travail est reconnu et respecté. Les ATSEM apprécient particulièrement que l'enseignant(e) les fasse participer aux décisions prises, partage ses idées, ses points de vue ou leur demande leur avis sur certains sujets.
·"Excellente entente et communication avec l'enseignante de ma classe (ce n'est pas le cas avec toutes); elle me demande mon opinion; j'ai le sentiment d'être à son niveau; elle ne cherche pas à me rabaisser." (questionnaire ATSEM; N° 87)
En revanche, les relations tendues portent le plus souvent sur un manque de considération supposé de la part de l'enseignante et sur l'impression d'être taillable et corvéable à merci. Ce travail en duo se transforme alors parfois en duel. Dans ce cas, on peut bien sûr évoquer le choc des caractères entre deux individus, mais même lorsque l'harmonie règne, on ne peut ignorer le fait que cette relation est par nature inégalitaire. Dans la classe, l'enseignante a incontestablement un rôle dominant puisque c'est elle qui dirige la classe et qui décide du travail de l'ATSEM. D'autre part, la comparaison sociale entre enseignante et ATSEM est défavorable à l'ATSEM tant au point de vue du salaire, que des horaires, du statut ou de la considération qui s'y rattache. Ceci peut entraîner des frustrations.

Une délégation de fonction
La dissymétrie entre enseignants et ATSEM se manifeste également par un autre aspect qui nous semble important: dans la classe, c'est à l'ATSEM que l'enseignant délègue les activités les moins valorisées. Les ATSEM sont chargées de "l'assistance au personnel enseignant pour l'hygiène des très jeunes enfants" . Hérité de la mise en place des écoles maternelles, déjà présent dans les salles d'asile, ce rôle fait explicitement partie de leurs fonctions. Dans les faits, cette assistance tend à devenir la responsabilité exclusive des ATSEM. Il semble que les enseignants se soient petit à petit, mais depuis bien longtemps déjà, presque totalement déchargés de cette tâche sur les ATSEM. Ce désengagement semble correspondre à une rationalisation dans ce monde du travail bien particulier qu'est l'école maternelle.
Les ATSEM sont des femmes et, comme telles, elles seraient pourvues d'un "instinct" maternel qui les rendrait compétentes de façon "innée" au maternage. D'autre part, depuis 1992, les ATSEM doivent être titulaires du CAP "petite enfance", cadre dans lequel les besoins physiologiques des enfants sont étudiés. Elles seraient donc doublement compétentes pour encadrer ces tâches.
Les enseignants de maternelle sont dans 90% des cas des femmes ce qui les désignerait également comme aptes au maternage; mais leur formation professionnelle au sein des IUFM les prépare à tout autre chose. Il est donc "rationnel" que l'enseignante se réserve les tâches faisant plus particulièrement appel aux compétences pour lesquelles elle a été formée et délègue les autres. Les enseignantes se perçoivent comme des professionnelles de l'enseignement. Les tâches considérées comme moins spécialisées, moins nobles et surtout moins importantes sont confiées à des personnels moins formés mais présents dans la classe, les ATSEM. C'est le cas pour toutes les tâches que l'on pourrait qualifier de "maternage" ou "d'élevage". L'enseignant(e) actuellement en poste en maternelle tire sa compétence de sa formation, de la connaissance scientifique qu'il ou elle a de l'enfant et non plus d'un quelconque "instinct maternel". C'est d'ailleurs ce qui a permis aux hommes de se proposer comme enseignants dans ce premier segment du système éducatif. Puisque ce n'est plus un instinct mais une compétence acquise, ces derniers ont toute légitimité pour investir l'école des tout petits. Ils y sont encore très peu nombreux.
Cette division du travail entre enseignant et ATSEM accentue le côté "intellectuel" du travail enseignant en le libérant des tâches qui le sont moins.
En revanche, pour les ATSEM, le fait de s'occuper du corps de l'enfant constitue une des parties "nobles" de leur métier car c'est ce qui leur a permis d'être reconnues comme participant à la communauté éducative. Ce qu'elles souhaitent déléguer, ce qu'elles considèrent comme le "sale boulot" ( Hughes, traduction de Chapoulie, 1996)) de leur métier, c'est le ménage.

Leurs revendications
- supprimer le ménage:
· "Nous travaillons toute la journée avec des enfants! C'est reconnu pénible pour les enseignants, mais pour nous... Il faut croire que nous sommes des super-women, car il nous faut encore faire le ménage! À ce niveau-là, rien ne change. À la cinquantaine, quand on commence à avoir des problèmes de santé, c'est très difficile." (questionnaire ATSEM; N° 59)

- obtenir des congés supplémentaires. La plupart d'entre elles demandent qu'une partie des congés scolaires leur soit accordée; d'autres sont plus extrémistes:
· [Comment améliorer le métier?] "horaires et vacances enseignants" (questionnaire ATSEM; N° 78)

- voir les absences des collègues systématiquement remplacées afin d'éviter un surcroît de travail et de fatigue au cours de journées généralement bien remplies.

- et surtout, bénéficier de davantage de considération, que ce soit de la part des enseignants, des parents ou de l'employeur:
· "On se demande parfois si certaines personnes de notre hiérarchie connaissent bien le fonctionnement d'une école maternelle!" (questionnaire ATSEM; N° 16)
· "Certains parents sont reconnaissants; pas beaucoup" (questionnaire ATSEM; N° 36)
· "Il y aura toujours une différence entre institutrices et ATSEM: "études". Je le comprends, mais leur attitude est souvent négative car nous les aidons au maximum et on a l'impression qu'ils nous prennent pour des "bonnes". (questionnaire ATSEM; N° 3)


Auteur:Jeanine Maso-Taulère

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these La socialisation de l'enfant en petite section d'école maternelle contribution à l'analyse sociologique de la petite enfance scolarisée au début des années 2000